[list][justify]18H27, à Antar... Hanabi se tournait et se retournait dans son lit, incapable de dormir. Il était arrivé la nuit même, avait rencontré un sang pur pas tellement sympa et, surtout, n'arrivait pas à se rendormir malgré ses essais répétés. Sans Fuyu pour apaiser son humeur, il ne parvenait pas à avoir un sommeil paisible, comme le prouvait cette nuit. Un petit soupir lui échappa. Même s'il ne prenait pas les cours avant quelques heures, autant aller visiter les bâtiments...
Ainsi, le petit androgyne posa les pieds sur la moquette de sa chambre, se dirigeant avec hésitation vers l'uniforme flambant neuf qui trônait sur un porte manteau, accroché à la poignée de son armoire. Il le frôla du bout des doigts, finissant par le décrocher. Le blondinet enfila un boxer blanc puis son uniforme d'un blanc éclatant, refermant la veste sur la cravate rouge qui ceignait son cou. Tout cela lui donnait, d'un point de vue extérieur, une classe et un charme incroyable. Mais lui trouvait qu'il avait... justement... trop de classe. Tant pis.
Avec un petit soupir, Hanabi entreprit de faire tenir ses cheveux en l'air avec une bonne dose de laque, puis maquilla ses yeux caramel, fardant ses paupières. Après quoi il se leva du tabouret où il avait pris place, sortant de sa chambre, puis du mini appartement où il avait été installé. Heureusement, ce jour-ci, les nuages masquaient le soleil, menaçants. Il pleuvrait durant la nuit. Fronçant légèrement le nez, Hanabi sortit dans le parc, se dirigeant d'un pas ferme vers le bâtiment A1. Il voulait lire.
Sans se soucier des murmures sur son passage, le jeune androgyne se dirigea presque en courant vers la bibliothèque, sautillant légèrement. La pièce était vide de toute présence, ce qui étonna le jeune homme. Le bibliothécaire n'avait pas encore été engagé ? Finalement, il haussa les épaules. Après tout, moins il y avait de monde autour de lui, mieux il se porterait.
Chantonnant de son pépiement d'oiseau, Hanabi s'aventura dans les rayonnages, s'émerveillant de cette quantité de livres. Il reconnut quelques titres pour les avoir lus alors qu'il était encore chez Fuyu, d'autres parce que le brun lui avait interdit de les lire, sous prétexte qu'ils étaient trop durs pour lui... Comme Si c'est un homme de Primo Levi par exemple... Qu'il trouva sur une étagère du sommet d'une des bibliothèques de chêne. Se hissant sur la pointe des pieds, il réussit heureusement à l'attraper, le serrant contre son torse.
Rapidement, en sautillant presque, Hanabi se dirigea vers les fauteuils installés non loin des grandes baies vitrées. Mais le ciel était si sombre qu'on se serait cru en pleine nuit. Hanabi poussa un petit soupir, fixa un instant les nuages et, finalement, se laissa tomber dans le fauteuil pour ensuite se plonger dans le témoignage de Primo Levi, sur les camps de concentration en Allemagne.
Au fil de sa lecture, la pluie se mit à tomber et, surtout, des images s'imposaient à lui. Il s'était intéressé de près à la Seconde Guerre Mondiale après qu'elle ait eu lieu, même s'il avait été en plein coeur de l'action. Surtout avec les deux bombes atomiques, Little Boy et Fat Man... Il n'habitait pas Hiroshima pour rien après tout... Heureusement qu'il se trouvait à Sapporo avec Fuyu à ce moment là.
Mais il s'intéressait particulièrement aux camps de concentration et d'extermination dans l'est de l'Europe, plus précisément à Auschwitz, qui mêlait les deux. Ce ne fut qu'une bonne heure plus tard qu'il termina le livre. Il resta un moment amorphe, les yeux fixés droit devant lui... avant qu'une odeur de sang humain ne vienne chatouiller ses narines. Il écarquilla les yeux, retenant son souffle.
« Il... y a... quelqu'un ? » questionna-t-il en se levant de son fauteuil.